Projet ultra pété a Bergerac :

« Il en a vu des idées mort-nées, des projets avortés et des promesses non tenues. N’empêche, à 38 ans, Antoine Durand de Corbiac veut enfin briser la malédiction de Cyrano. Et prouver que tous les projets de visionnaire ne sont pas forcément voués à l’échec. Chargé de développer des projets d’entreprise dans une autre vie passée au coeur des start-up, Antoine Durand de Corbiac souhaite à présent conduire le sien. Soit un authentique musée Cyrano de Bergerac, officiellement baptisé Cyrano de Bergerac Museum et installé sur le domaine familial de Corbiac et ses 18 hectares de vigne.

Un musée dont l’ouverture est prévu en 2010 et dont le coût se chiffre à plusieurs centaines de milliers d’euros. « J’ai longuement réfléchi à la façon de valoriser le patrimoine du domaine, précise Antoine Durand de Corbiac. J’ai d’abord pensé honorer parmi mes aïeux les deux capitaines Faure et puis, le hasard de l’histoire aidant, je me suis tourné vers Cyrano. »

C’est en effet en parcourant une archive oubliée dans la Tour Cyrano de la Ribeyrie, près de Bergerac, que la famille de Corbiac a appris qu’un lien de parenté l’unissait au véritable Cyrano, Savinien II de Cyrano de Bergerac (1619-1655).

« Nous sommes ses cousins germains, affirme-t-il, car Cyrano avait un lien de cousinage avec les fameux capitaines Faure. » Un lien lointain, certes, mais un lien assez fort pour légitimer son projet. « Associer Cyrano au domaine de Corbiac fait désormais entièrement sens », explique le viticulteur.

Ambitieux, Antoine Durand de Corbiac veut être le maître d’oeuvre d’un projet tout à la fois « oenotouristique et oenosensationnel » décrit dans un beau catalogue de 95 pages. « Il s’agira de valoriser autant l’image de Cyrano que les produits du terroir, qu’il s’agisse des vins du domaine ou de la gastronomie locale », souligne Antoine Durand de Corbiac.

Pour y parvenir, il a imaginé un dispositif calqué sur la structure de la pièce d’Edmond Rostand. « Tout est là-dedans, indique-t-il en se saisissant du célèbre texte, l’essence de mon projet tient dans les cinq actes de la pièce de théâtre. »

Dans l’ancienne forge du domaine, l’héritier des Corbiac veut aménager six espaces ludiques, dont l’Hôtel de Bourgogne, la Rôtisserie des poètes ou encore l’écrin du baiser de Roxane, pourvus des équipements son et image les plus modernes. Le visiteur pourra s’y balader et assister à la déclaration d’amour de Roxane mise en scène dans la Rôtisserie des poètes. « Dans ce projet, la technologie valorisera tous les sens, de la vue au toucher en passant par l’ouïe et l’odorat. » La collection Cyrano de Jean-Louis Leclaire (« SO » d’hier) y est certes la bienvenue, mais « l’épine dorsale du projet reste la pièce de Cyrano et sa déclinaison scénographique ».

Après deux ans de gestation et de conceptualisation, Antoine Durand de Corbiac vient de lancer un appel d’offres pour solliciter les idées et les devis des entreprises spécialisées. « Rien n’est encore figé, rappelle le porteur de projet. J’attends les apports de chacun pour finaliser les modalités d’aménagement du musée. »

Dans l’attente de recevoir les devis de chacun, Antoine Durand Corbiac peaufine toujours et encore sa stratégie : « Je veux travailler en bonne intelligence avec les partenaires du Bergeracois afin de pouvoir créer un foyer dynamique capable d’irradier la région et rivaliser avec le Périgord noir. »

Avouons-le, une telle fièvre a de quoi emballer les partenaires institutionnels et les investisseurs potentiels. La preuve, Dominique Rousseau, le maire socialiste de Bergerac, saute sur cette occasion tombée du ciel : « Je suis favorable à ce projet car il offre une vraie modernité à Cyrano. » La malédiction sera-t-elle enfin brisée ? Réponse en 2010. »

S.O.


captcha